ploumilliau-ankou

 

Sur cette île merveilleuse du soleil couchant, l'air vibre de musique, l'hydromel coule à flots et les plaisirs érotiques sont eux aussi inépuisables

La Bretagne est une terre de légende, héritage de son passé celtique.Chaque génération de Bretons est ainsi nourrie de contes fabuleux ou se croisent des korrigans malicieux, des paysans qui deviennent roi ou même la Mort personnifiée, l'Ankou 

L'Ankou, ainsi s'appelle ce personnage masculin sur sa bag nos "barque de nuit" Il s'agit d'un squelette, de pécheur ou d'un paysan fort maigre vêtu d'un linceul noir,coiffé d'un chapeau à larges bords,armé soit d'une faux emmanchée à l'envers,soit d'une bêche comme on peut le voir sur la statue de Ploumiliau, (ci contre) soit encore, plus anciennement, d'une lance ou même d'un marteau mell benniget "maillet bénit" qui servait à abréger l'agonie des mourants

Sa tête a la particularité d'osciller constamment,en tous sens, afin qu'il puisse bien voir d'ou on l'appelle il est chargé de recueillir les anaon, "âmes"des moribonds et les transporter vers les rives de l'au-delà. 

L'Ankou n'est pas seulement marin.Il délaisse méme souvent sa chaloupe pour une charrette karrig an Ankou "le chariot de l'Ankou"l'Ankou -tirée par deux chevaux squelettiques, qu'il conduit la nuit sur la lande ou par les chemins creux. Malheur à qui aperçoit le chariot de l'Ankou, à qui en entend seulement les cahots ou le grincement des essieux: c'est l'intersigne d'une mort prochaine,pas forcément la sienne propre, plus souvent même celle d'un proche 

Le lieu de destination des anaon, c'est l'île d'Avallon armoricaine et galloise, île mythique des pommes toujours mûres (fruits évoqués, en effet, dans le nom même d'Avallon, de racine indo-européenne ayant donné naissance notamment au breton et au gallois aval "pomme"

Sur cette île merveilleuse du soleil couchant, l'air vibre de musique, l'hydromel coule à flots et les plaisirs érotiques sont, eux aussi, inépuisables : en une genèse inversée, l'homme ne cesse d'y recevoir en offrande l'ancien fruit défendu, la pomme, symbole d'éternité et de connaissance-y compris au sens biblique du terme, lorsque coupée en deux, elle laisse deviner, pour qui sait voir, le secret féminin. 

On ne s'étonnera donc pas de cette coutume subsistante naguère encore en Bretagne de placer quelques pommes à la tête du défunt, dans son cercueil: la meilleure provision vers l'île d'éternelle jeunesse.    

La pointe extrême de l'Armorique, avec la pointe du Raz, le Bec du Van, le cap Sizun, la baie des Trépassés, fut légendairement considérée comme l'embarcadère des défunts : le penn ar bed, " le bout du monde" , où le passeur des âmes remplit sans relâche son funèbre office

De nombreux intersignes ont été recensés entendre par exemple des objets tomber et se briser ou, pour un menuisier, entendre s'entrechoquer dans le grenier les planches du prochain cercueil, voir s'éteindre son cierge, signe de décès pour le mari pêcheur d'Islande ; se sentir tout à coup les yeux pleins de larmes; se trouver dans l'impossibilité d'arranger sa " catiole ", la grande coiffe que portaient les femmes du Trégor et du Goëlo ; ou encore entendre au-dehors des bruits de rames. Et bien d'autres présages aussi funestes qu'étranges,